Association des Anciennes et Anciens Elèves 

de Notre-Dame de Sion à Strasbourg

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Notre Dame de Sion - Ensembles, témoignages

SOMMAIRE

Evocations de Sion Strasbourg de 1919 à 1939 p. 2

Jeanne Trolley de Prévaux p. 2

Mireille Girard-Malsch p. 3

Sœur Myriane p. 5

Marie Aimé (Sœur Xaverita) p. 6

Margot Spiess-Beaux p. 6

Sœur Jeanne-Françoise p. 6

Laure Conrath p. 7

Geneviève Horn-Andréï p. 8

Sion Strasbourg après 1945 p.11

Sœur Marie-Claire : La Reconstruction p.11

Elisabeth Stosskopf-Meysembourg : Une ancienne se souvient

    1. p.13

Brigitte Huot : La « Puce » p.17

Françoise Menville-Ampaud : Témoignage d’une ancienne

promotion 1958 p.18

Anny Lampert-Lejeune : pensionnaire ; promotion 1966 p.20

Ilonka Matschky-Gaillac : pensionnaire ; promotion 1966 p.20

 

EVOCATIONS DE

SION-STRASBOURG

DE 1919 à 1939

 

Jeanne TROLLEY de PREVAUX

Bulletin décembre 1999

« Petite fille en uniforme bleu marine, col et poignets blancs, je suis arrivée à Notre-Dame de Sion en 1919 à l’âge de 8 ans pour y faire toute ma scolarité et j’ai eu successivement comme maîtresses Mère Carmelina, Mère Damascène, Sœur Gertrude, Sœur Théodore, Mère Xavier-Marie et comme supérieure Mère Odile, très aimée de toutes.

Nos journées étaient réglementées. Le matin à genoux au pied de nos pupitres nous disions la prière. Ceci était suivi « des notes » ; les élèves indiquant celles qu’elles avaient méritées la veille entre 7 et 2 (2 très mauvaise) dans quatre domaines, politesse, règlement, ordre, application. Chaque mois il y avait l’assemblée générale et on remettait aux méritantes le cordon de sagesse ou d’application ou le grand cordon.

Le règlement nous interdisait de parler dans les couloirs et les élèves de 1ère et Terminale nommées « anges » étaient chargées de nous faire mettre en rang pour aller en récréation ou lorsque les cours étaient finis.

Les cours avaient lieu de 8 h à 12 h et de 14 h à 16 h suivis de la récréation et de l’étude pour celles qui y restaient. Le jeudi était jour de congé ; par contre nous travaillions tout le samedi. A côté des leçons classiques nous avions des cours de couture et aussi d’écriture « sionienne »

Monseigneur Hommel était l’aumônier et nous donnait des cours de catéchisme et préparait à la 1ère Communion qui se faisait entre 7 et 8 ans.

Plusieurs journées spéciales marquaient l’année :

  • une retraite de 3 jours au début du 1er trimestre,

  • la grande fête du 8 décembre et de la fête de Mère Odile,

  • la procession de la Fête Dieu dans le jardin avec les autels préparés. Les parents étaient invités.

  • les matchs de basket,

  • l’excursion à Geudertheim, première maison de vacances,

  • la grande distribution des prix,

  • les messes préparées et chantées par toutes plusieurs fois dans l’année,

  • le concours d’Elocution

Tous ces souvenirs et bien d’autres me sont encore présents à la mémoire et mes années à Sion ont contribué pour une bonne part à la conduite de ma vie. »

Mireille GIRARD-MALSCH

Bulletin décembre 1999

« A la demande de la Présidente cherchant des témoignages sur Sion à Strasbourg pour la période d’avant-guerre, je me suis sentie directement concernée car j’ai rejoint à la rentrée 1928 la classe de 9ème de Mère Thimothée où la plupart des élèves avaient commencé dès le jardin d’enfants. Mon petit frère Albert m’accompagnait pour la classe rose de Mère Marianna ; il fut l’un des premiers garçons introduits à Sion avec le frère de Madeleine Wilhelm. Plus tard mon frère devint Père de Sion dont la Communauté était en Ardèche à Aubenas. Mais de santé fragile, il fut soigné à Lyon et mourut à 27 ans et fut enterré au cimetière des prêtres de Fourrière.

Dans la classe, des bureaux à deux places, dont le couvercle se relevait, nous permettaient de bien ranger nos affaires : gare à l’ordre.

Le règlement voulait que nous circulions en rang dans les couloirs sans bavarder ainsi qu’au réfectoire où une lecture faite du haut de l’estrade distrayait nos esprits. A l’arrivée du matin, courte prière de recueillement à genoux que je pourrais encore réciter mot à mot aujourd’hui, pour présenter à Dieu les efforts de cette nouvelle journée.

Puis installées (sans bruit) à nos places, notre religieuse responsable de classe nous appelait une à une pour que, debout, à voix haute, nous nous donnions les notes que nous jugions méritées pour la veille en politesse, règlement, ordre et application : 2 étant la plus basse note et 7 la meilleure. Ainsi la bonne élève disait 7, 7, 7, 7, une médiocre 7, 5, 7, 3, etc…, le tout était noté et c’était une bonne façon de former notre conscience. En fin de semaine une petite Assemblée confirmait efforts ou défaillances. En fin de mois, une Grande Assemblée se réunissait à la salle de gymnastique (le rez-de-chaussée de l’annexe) et l’une après l’autre faisant la révérence à la Mère Supérieure (toujours Mère Odile accompagnée de Mère Xavier Marie) recevait, si elle était excellente, le grand cordon de sagesse et d’application, dont la couleur variait selon les classes.

Nos classes étaient de 20 à 30 élèves. Nous nous connaissions très bien et nous nous sentions entre nous plus des amies que de simples camarades. L’uniforme était bleu marine garni de col et manchettes blancs ; puis soudain autour de 1932 il devint couleur camel pour la robe sans manche et beige pour le corsage.

L’Abbé Michel était notre aumônier et nous préparait dans les grandes classes au Brevet Supérieur d’Instruction Religieuse présenté en classe de 3ème.

Je pourrais nommer encore tous nos bienveillants professeurs qui réclamaient beaucoup d’application. Je suis encore reconnaissante aujourd’hui à Madame Truffaut qui, en latin de 3ème, nous obligea à apprendre par cœur quotidiennement quelques vers de l’Enéide ou un passage de Salluste. C’est la meilleure manière de comprendre la construction d’une phrase et de retenir le vocabulaire. La même méthode peut s’appliquer à n’importe quelle langue étrangère. Les devoirs du soir à l’étude étaient toujours une application de ce que nous avions vu en classe. Ainsi nos progrès étaient assurés.

A l’époque, les meilleures élèves présentaient les deux baccalauréats Lettres A ou A’, les moins bonnes les Maths Sciences B ; mais le premier baccalauréat de première comportait déjà un écrit et un oral sur toutes les matières. La dernière année était réservée à la philo, sciences naturelles, physique etc…

Ces examens avaient une grande importance et le nombre de candidats était assez réduit pour que ces épreuves se passent à la grande Université Pasteur où nos places pour l’écrit étaient réservées à notre nom.

Pour l’oral, nous étions accompagnées par nos Maîtresses de classe en vêtements religieux et qui restaient dans le couloir jusqu’à la fin de nos épreuves, nous encourageant entre chaque examen. Les résultats étaient proclamés sur place autour de midi et, toutes heureuses, nous nous précipitions à travers l’Allée de la Robertsau pour annoncer notre succès (le téléphone portable n’existait pas !) et rassembler toutes les grandes élèves à la Chapelle afin de chanter un Magnificat de reconnaissance !

Avant ces épreuves, pour que nos révisions se passent dans le calme, ainsi que pour certaines retraites, nous étions regroupées à Geudertheim dans la propriété de campagne des Religieuses. Au bord de la Zorn, c’était un paradis où l’âne Sidi nous attendait parfois. Ce havre de paix fut remplacé l’année du bac de philo par la maison de Gérardmer encore plus grandiose, toutes ses ouvertures donnant sur le magnifique lac qui la bordait.

Détails plus personnels : après le bac, ma famille ayant quitté Strasbourg, je restais à Sion comme étudiant/professeur et Lucette Gollé, devenue par la suite Sr Anna Maria, m’aidait à travailler le grec pour une licence classique.

En 1939, l’évacuation de Strasbourg obligea les religieuses à demeurer à Gérardmer où je les rejoignis jusqu’en 40. L’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand m’attribua mes certificats de licence classique et plusieurs amies de Sion de Strasbourg se retrouvaient alors autour de notre aumônier d’étudiants M. l’Abbé Elchinger (devenu plus tard Monseigneur) pour s’occuper avec nous du Mouvement des équipes sociales.

Certainement dans ce récit j’ai largement débordé sur ce que vous attendiez. Ecrire ce résumé a été pour moi une vraie joie et je vous autorise naturellement à n’en retenir que le petit peu qui pourrait encore être inconnu de cette vie à Notre-Dame de Sion de Strasbourg avant les années 39

NB. Je rajoute un paragraphe concernant nos sorties de groupes annuelles ou quelque autre souvenir.

Pour la fête de Jeanne d’Arc, fin mai, tous les ans, nos classes se mettaient en route bien en ordre le long de l’Ill puis ver la Place de l’Empereur (Place de la République) où, dans le jardin attenant au Palais, très près de l’entrée, se dressait la statue équestre de Jeanne d’Arc. Pour honorer la Sainte nous entonnions un chœur presque guerrier, souvent répété. Il commençait ainsi « Etendard de la délivrance » et se terminait par « Vive Jeanne, Vive la Fran-an-ce ! ». De là, nous nous rendions à la Cathédrale remplie de jeunes qui suivaient une Messe solennelle en cette circonstance nationale

Sans doute la sortie annuelle en car jusqu’à Ottrott se perpétue encore aujourd’hui ? Nous grimpions à pied jusqu’au Mont Ste Odile que nous admirions beaucoup tant pour l’histoire pathétique de cette Sainte que pour la beauté du vaste panorama. Puis, vers la Source, nous nous regroupions pour réfléchir ensemble et redescendions pour retrouver notre car. Quelle magnifique promenade à travers les bois !

Vers 12 ans d’âge, après deux journées de retraite, revêtues d’une robe et d’un voile blancs impressionnants, nous avons fait notre Communion solennelle.

Enfin, une fois dans notre vie, nous avions l’honneur (vers 13 ans) de recevoir de Monseigneur Ruch, l’évêque de Strasbourg, le sacrement de la Confirmation dans la Chapelle de notre pensionnat. A cette occasion il prononçait un petit discours à notre intention. Nous étions émues et recueillies. »

Sœur MYRIANE- Yvonne HERMANN

Bulletin décembre 1999

« Quand Françoise Lautier m’a demandé un article sur la période 1919-1939, les souvenirs ont jailli dans ma vieille mémoire comme un feu d’artifice.

C’était en 1923. Mon père venait de m’inscrire à Notre-Dame de Sion « la meilleure institution de Strasbourg, et chose inouïe, tenue par des religieuses catholiques qui acceptent aussi bien les élèves protestantes et juives que catholiques ». Ma vie de missionnaire m’a permis pendant 60 ans de constater que le désir du Père Théodore était réalisé « Je veux que dans la catholique Sion, Israël soit heureux auprès d’Ismaël ». Soixante ans en Turquie, Egypte, Liban, Israël, m’ont permis de comprendre que cette ouverture d’esprit était bien une des caractéristiques de l’esprit de Sion. Mais, à 8 ans, c’est l’accueil des sœurs et de mes compagnes qui me rendait ma vie d’écolière facile et agréable.

En classe « orange » nous n’étions que cinq, malheur ! Tout près du professeur, rien ne lui échappait, uniforme impeccable, à chaque cours leçon récitée, les rangs dans les corridors, le silence favorisant l’étude, les éternelles promenades à l’Orangerie mais aussi les merveilleuses récréations, le basket-ball, le volley-ball. Les deux équipes me convoitaient à cause de ma haute taille qui était un avantage majeur.

Les jeunes et les moins jeunes d’aujourd’hui ne savent plus ce qu’étaient les « notes » et les « décorations » et pourtant, quel merveilleux facteur d’éducation. Tous les matins de 8h à 8h1/2 les « notes ». La maîtresse de classe tenait un petit « speach » à tendance morale, spirituelle ou simplement de « savoir-vivre ». Petit à petit, les grands principes d’éducation pénétraient dans nos âmes d’enfants puis d’adolescentes : « Avant tout, il faut être vrai » « Quelle place l’autre tient-il dans votre vie ? » et tant d’autres fils conducteurs de notre existence.

Les noms me reviennent : Mère Odile ; la grande Mère qui a laissé l’empreinte de sa forte personnalité sur la maison de Sion, allée de la Robertsau. Mère Xavier-Marie, son assistante, toute petite et fluette, mais à la volonté de fer. C’est elle qui s’est opposée à l’officier nazi et l’a empêché de mettre le feu à la maison de Gérardmer. Mère Basile, la savante, Mère Lucie, l’incomparable professeur, à la culture si vaste et à l’âme si douce et claire. Enfin l’inoubliable Sœur Théodore qui a marqué plus d’une parmi nous. Et les autres…toutes les autres qui nous ont formées par l’exemple de leur vie de prière, de dévouement, de don d’elles-mêmes. Merci. Merci.

Mon pensionnat ne m’a laissé que de bons souvenirs. Je veux oublier les moins bons car « perdre sa croix » pour une vétille, être punie pour un manque de discipline, comme parler dans les corridors, être en retenue le jeudi parce qu’on s’était follement amusée au dortoir avec une bataille de polochons, quel crime ! Tout cela ne m’a pas empêchée d’être heureuse dans ce pensionnat que j’ai tant aimé et de garder un lumineux souvenir de mes éducatrices. »

Marie AIME (Sœur Xaverita) élève pensionnaire des années 1923-27.

Bulletin décembre 1999

« Mère Clemens était alors la Supérieure, Mère Odile, la maîtresse des classes violettes, Sœur Lucie de la classe multicolore, Mère Marthe de la classe blanche, Sœur M. Armand, professeur d’histoire et de philo, Sœur Basile des sciences, et Sœur Gertrude arrivait alors du noviciat. Entre mes compagnes de ces années il y avait Georgette Riedinger et Marie-Antoinette Jeannot avec qui je me suis retrouvée au noviciat à Paris en 1929 (je ne parle que des quatre grandes classes).

Nous formions un groupe très uni sans grands problèmes. Nous aimions nos maîtresses qui nous formaient à la responsabilité et à l’apostolat, à la visite des pauvres et des anciens. […]

La vie s’écoulait sans heurt. La promenade de chaque jour avant les classes de l’après-midi avait, je crois, un grand bienfait pour la santé. Les fêtes traditionnelles se répétaient : procession de la Fête Dieu (on passait par une porte spéciale), fête des Anciennes, de la Ste Cécile, des Saints Innocents.

Nous avons été les premières à jouir d’une installation de basket-ball et de volley-ball dans le jardin, et aussi du petit âne venu de Terre Sainte et que nous retrouvions à Geudertheim. […] »

Margot SPIESS-BEAUX

Bulletin décembre 1999

« Octobre 1919 : j’avais 5 ans, l’âge d’aller en classe et apprendre le français ; mes parents ont appris qu’une école religieuse s’ouvrait allée de la Robertsau et m’y ont conduite. L’entrée était boulevard de la Dordogne et allée de la Robertsau, un petit monticule nous conduisait dans une grande cour et à gauche se trouvait l’entrée qui nous conduisait au 1er étage. Nous n’étions pas très nombreuses comme élèves. Une partie du bâtiment était occupée par une société de charbonnage qui est partie ailleurs très vite. A chaque rentrée il y avait des modifications, des modernisations, la salle de gymnastique a été construite et le préau.[…] »

Sœur JEANNE-FRANCOISE, Marseille fin novembre 1999

Bulletin décembre 2000

« Si je ne peux être avec vous pour fêter les 80 ans de la fondation de Sion à Strasbourg, du moins je veux dire avec force et une très grande reconnaissance que si je suis à Sion en cette fin de siècle c’est bien parce que, à Strasbourg, les Sœurs de Sion, dès ma plus petite enfance, m’ont appris à prier, à aimer le Seigneur et son peuple. Elles ont été de grandes éducatrices, très attentives à chacune de leurs élèves.

J’ai dû arriver à Sion en 1923 et y ai fait toutes mes classes jusqu’à la fin de la seconde en 1933. Et comme je suis entrée au Noviciat en 1935, je n’ai guère quitté Sion.

Combien de « Mères » m’ont frappée tout au long de ma scolarité : de Mère Clémens, Mère Odile, Mère Xavier-Marie, Mère Basile, Mère Théodore, Mère Francia à Mère Joséphine. C’étaient de fortes personnalités mais surtout je les ai vues prier, se donner, être très fraternelles entre elles. Dès ce moment aussi, Israël tenait une grande place dans leurs préoccupations, elles nous incitaient à travailler l’histoire de ce peuple aimé de Dieu. […] L’atmosphère était excellente entre les élèves, nous nous sentions aimées et nous nous aimions. Les fêtes : le 8 décembre, le 20 janvier restent inoubliables. Nous y arrivions sur notre « 31 », impeccables ! En juin nous faisions de merveilleux tapis de pétales de fleurs pour la procession de la Fête-Dieu.

Vous en vous rappelez-vous Sœur Inès, Sœur Anna-Maria, et vous toutes les Anciennes que je n’oublie pas ?

Je voudrais redire combien ces années de scolarité à Sion ont été pour moi, très heureuses, très fécondes, et si je suis entrée à Sion, je le dois beaucoup à ces témoins qu’ont été les Sœurs, témoins de l’amour de Dieu, de l’amour de Dieu pour son peuple.

Merci- Deo gratias- Amen. »

Laure CONRATH, promotion 1939

Septembre 2009

Souvenirs, souvenirs !

« Qui pourrait résister à Ilonka ? Elle m’a tellement sollicitée – si gentiment, à sa manière – que j’ai tiré de mon cerveau fatigué un tout petit «évènement » mais assez cocasse, survenu … quand ? je devais être en 5ème ou en 4ème, en 1935, 1936 environ.

C’était un 8 décembre, nous fêtions les Anciennes. L’ambiance était à la joie : mines épanouies, rires, etc.

Seule, une Terminale errait dans les couloirs, fébrile, désemparée, au bord des larmes. Nous l’appellerons « Violette » puisque le signe distinctif des classes de bac était le violet.

Il s’avère qu’elle avait perdu sa montre-bracelet, un petit bijou, cadeau de son parrain pour sa première communion et, à ce titre, doublement précieuse.

Chacun se mit en quête…. En vain ! On compatit, on essaye de consoler Violette comme on peut « mais si, on la retrouvera, ne vous (à l’époque le tutoiement était strictement interdit) en faites pas » et des banalités habituelles ! On invoqua Saint Antoine : rien.

Quelques heures plus tard, Violette arriva rayonnante : la montre était retrouvée.

Devinez où ?... Dans sa petite culotte ! Ce fut du délire.

A l’époque, Mère Théodora - que certaines parmi vous ont peut-être connue – était maîtresse de classe des Terminales. Par la suite, elle ne manqua pas, chaque fois qu’une élève cherchait quelque chose, de lui suggérer : « mais regardez donc dans la petite culotte de Violette ».

Et puis, le temps passa, l’année scolaire prit fin, les vacances accaparèrent toutes les énergies. A la rentrée, personne ne parla de l’incident. 

Geneviève HORN-ANDREI, promotion 1936

Novembre 2009

Souvenirs d’avant 1939

Comme toute Sionienne ou Sionien devrait le savoir, nous vous rappelons que l’ordre de Notre Dame de Sion a été fondé par deux citoyens strasbourgeois : Théodore et Alphonse Ratisbonne, au milieu du 19e siècle, (date ?) issus d’une famille de banquiers juifs. Ils se convertirent au catholicisme et devinrent prêtres se dédiant à la conversion des juifs.

Ce ne fut qu’en 1919, Strasbourg étant redevenue française, que la congrégation put s’implanter et fonder ce nouveau pensionnat qui est maintenant le nôtre, allée de la Robertsau, ou plutôt Boulevard de la Dordogne après 1945. Le changement est dû aux transformations du bâtiment qui avait été fortement endommagé par un bombardement. Sur le terrain où s’élève l’actuelle chapelle il y avait le bâtiment comprenant la loge, domaine de Sœur Eugénita (qui émigra par la suite à la nouvelle adresse) les locaux qui servirent de chapelle si exiguë qu’il fallait empiéter sur le couloir pour certaines messes ! A gauche de l’entrée se trouvaient le parloir et le réfectoire. Les classes se succédaient sur deux étages, dont une partie était réservée à la communauté religieuse. C’est grâce à la forte personnalité de Mère Odile - la supérieure de l’époque à laquelle il faut rendre hommage encore aujourd’hui - que la reconstruction du nouveau bâtiment avec notre belle chapelle a réussi.

L’instruction dispensée par le pensionnat comprenait les classes primaires et secondaires avec la finalité du bachot « baccalauréat ». Il n’y avait que deux sections à l’époque : philosophie et mathématiques. Une section de « perfectionnement » s’offrait à celles qui préféraient cultiver en priorité les arts, mais sans diplôme à la clé. Les petits avaient aussi leur classe à partir de la 12ème et accueillaient les petits garçons jusqu’à la 9e (CM1). Le mobilier de nos classes était constitué par des bancs à deux places avec des couvercles rabattables (derrière lesquels on pouvait se cacher éventuellement !) et où nous rangions livres et cahiers, et étaient aussi munis d’encriers, car point de stylo à l’époque ! Naturellement un crucifix dominait la salle au-dessus du pupitre des maîtresses, religieuses ou laïques.

Nous portions toutes l’uniforme sionien, c’est-à-dire une robe bleu marine plissée avec col et poignées blancs, par-dessus laquelle on portait un tablier « à bavette » marine et des manches dites «d’écriture ». Tout ce marine était agrémenté de couleurs vives grâce à ce que l’on appelait « les décorations » : autour du cou un ruban auquel était accrochée une jolie croix en nacre et autour de la taille une large ceinture de même couleur que le ruban du cou. Les couleurs variaient suivant les classes : il y avait même le multicolore. Le respect était dû aux « violettes » c’est-à-dire les 1ères et les philos, on ne disait pas encore « terminale ».

Les croix étaient aussi quelquefois sujettes à disparaître des poitrines suivant le démérite de la propriétaire : c’était une sanction suite au non respect du règlement. Chaque matin en première heure se passaient « les notes » après la prière. Les élèves se notaient elles-mêmes selon 4 points du règlement : politesse, règlement (silence non respecté dans les corridors), ordre et application : maximum 7, minimum 2. Avec deux fois une note 2 dans la semaine s’ensuivait la perte de la croix pendant une semaine.

Les récompenses se méritaient lors des assemblées mensuelles avec plusieurs classes et consistaient en la remise de petits et grands « cordons » larges rubans toujours pareils à ceux de la classe qui étaient portés en travers de la poitrine. C’était un vrai cérémonial ponctué par des chants et des déclamations de poésies qui formaient la partie festive de l’assemblée. Pour les grandes occasions de réunions du pensionnat quelques années après son ouverture, s’est construit « l’Annexe » sur une partie du terrain de récréation à l’arrière du bâtiment principal. Cette Annexe abritait les dortoirs au 1er étage et la salle de gymnastique et la salle de fêtes au rez-de-chaussée. Ce bâtiment constituait avec la cour le lieu le plus festif du pensionnat – tous les bons moments se passaient là – à part la chapelle où se passaient les moments religieux mais où l’on pouvait aussi se sentir mal à cause du peu d’espace disponible et du jeûne avant communion du matin. La Fête-Dieu était l’une des plus belles fêtes de l’année, marquée par la joyeuse préparation du reposoir dans la cour. Les roseaux qui jonchèrent le sol une certaine année, donnèrent lieu à une joyeuse équipée sportive parce qu’ils furent cueillis au bord de l’Ill aux portes de la Robertsau ! A la fin de l’année scolaire la distribution de prix – même si toutes ne les recevaient pas – donnait lieu aussi à des festivités, ainsi que le fameux « 8 décembre » traditionnel où l’on fêtait nos « anciennes » par des chants et des scénettes amusantes, des remises de cadeaux et tout le monde se réjouissait autour du goûter : la crème au chocolat !

Malgré un règlement strict, la vie au pensionnat pouvait aussi être gaie, surtout pendant les récréations dans la cour où les plus sportives s’adonnaient au volley-ball pendant que les autres croquaient le classique petit pain avec une de chocolat (pas de viennoiseries à l’époque !)

Notre-Dame de Sion était propriétaire d’une maison de campagne à Geudertheim, près de Hoerdt. C’était presque un château avec un parc au bord de la Zorn, très idyllique : un nid de cigognes habité nous réjouissait lors de nos sorties de classe ; il fallait mériter ce bon temps car la gare étaient à 4 km à pied ! On pouvait aussi y passer des vacances pendant lesquelles nous étions occupées – entre autres - à faire la cueillette des groseilles et du tilleul. La forêt pour les promenades n’était pas trop loin. Ce lieu enchanteur permettait aussi aux futures bachelières de faire leurs ultimes révisions avec leurs professeurs au calme, troublé seulement, hélas, par les moustiques. Avant le retour en ville, le lavoir au bord de la Zorn nous permettait, tout en nettoyant le matériel utilisé pendant le séjour, à faire trempette jusqu’aux genoux ! Pas de pollution à l’époque. Cette propriété fut remplacée en 1936 pour des raisons stratégiques par celle de Gérardmer, au bord du lac. Ce sont surtout les générations d’après-guerre qui en ont profité.

Après la description de la vie scolaire et ludique, il ne faut pas oublier de mentionner notre éducation religieuse et sociale. Dès le matin la journée s’ouvrait pour les pensionnaires par la Messe, les externes s’y joignaient le vendredi. Puis en classe, après les « notes », le professeur de classe abordait un sujet religieux qui donnait lieu à réflexion mais sans échanges. Ce sont des aumôniers venus de l’extérieur qui nous donnaient les cours d’instruction religieuse et, chaque année, nous suivions une retraite de 3 jours, prêchée par des prêtres appartenant à des ordres religieux. Il régnait déjà à l’époque un certain œcuménisme embryonnaire, du fait que nos fondateurs étaient des juifs convertis et que des élèves de toutes religions étaient admises et respectées.

Du point de vue social, on nous proposait d’animer des loisirs pendant le jour de congé le jeudi (et non le mercredi) au port du Rhin à la Paroisse Sainte Jeanne d’Arc ou bien chez les Pirettes, des orphelines élevées par Mlle Pire. Nous allions aussi chez les Petites Sœurs des Pauvres qui hébergeaient ces personnes âgées (il n’y avait pas encore de retraites à l’époque pour les personnes déshéritées). Nous passions une journée pour les servir à table, faire leur vaisselle et les distraire par nos chants et nos scénettes. Depuis ces temps de nombreuses associations de bénévoles ont pris la relève et les paroisses se sont structurées et font à appel aux jeunes d’une autre façon. Nous souhaitons que Notre Dame de Sion y participe en nombre.

A l’heure où paraissent ces lignes nous sommes maintenant des grand’mères et même arrière-grand-mères, et nos chères éducatrices auxquelles nous devons tant de reconnaissance ne sont plus là..

Nous espérons que l’esprit de Sion perdure dans cette belle école et nous lui souhaitons – comme à l’émission Thalassa – BON VENT !

SION-STRASBOURG APRES 1945

LA RECONSTRUCTION

Souvenirs de Sœur MARIE-CLAIRE TROCHERIE

bulletin de décembre 1979, repris dans le bulletin de décembre 2000

C’est très banal de dire d’une période : « ce furent les années les plus belles de ma vie ! »…et pourtant, ce sont les mots qui me viennent toujours à l’esprit quand je pense à ce temps qui fut pour moi si exceptionnel (même si je me suis « usée » en 9 ans comme en un travail de 25 ans !). J’ajoute de suite, pour éviter toute équivoque, que je me trouve très heureuse dans ma vie actuelle bien différente…mais me croirez-vous si je vous dis que toutes mes activités reçoivent une empreinte qui vient de mon séjour en Alsace.

L’ALSACE : bien avant d’être à Sion, je la mettais au-dessus de toutes les provinces de France (je suis du Mans) depuis toujours ; je lisais avec un vif intérêt tout ce qui se rapportait à cette belle région et à ses malheurs, depuis les romans de René Bazin : « Les Oberlé » jusqu’aux albums de Hansi…Mes années de jeune professeur au Mans, à Sion, me parlaient aussi de l’Alsace. La supérieure d’alors, Mère Scholastique, avait été l’une des premières fondatrices de Strasbourg en 1920-22. Sœur Marie-France (Françoise Reibel) était une ancienne élève de l’Allée de la Robertsau ; avec quelle chaleur et quelle nostalgie elles évoquaient la vie intense de Strasbourg (Le Mans n’avait rien à gagner dans cette comparaison !). Dès ma décision prise d’entrer à Sion, j’avais deux grands désirs :

  • être envoyée à Strasbourg,

  • participer à la fondation d’une maison.

La Providence m’a gâtée en réalisant ces deux désirs à la fois ! Ce ne fut pas une fondation, mais une re-fondation, au milieu des ruines et des difficultés de toutes sortes. Ce sont justement ces ruines, ces difficultés qui nous ont tant marquées et soudées : sœurs, professeurs, familles, élèves, des années 1945 à 1950, sans oublier les Anciennes d’avant-guerre, si heureuses de retrouver leur maison.

Me trouvant à Gérardmer de 1943 à 1945, Mère Xavier-Marie évoquait sans cesse SON Strasbourg, la vie intense du pensionnat, la fidélité des anciennes, (je me suis familiarisée déjà avec leurs noms…) ce qu’on pouvait espérer du retour à la Libération. Nous étions encore dans notre cave de Gérardmer lorsque nous avons appris, avec quelle émotion, le Libération de Strasbourg, quatre jours seulement après celle de Gérardmer. C’est quelques semaines après, fin décembre 1944, que j’ai appris avec une très grande joie mon « obédience » dans l’équipe de Mère Odile. L’attente parut longue. Il fallait agir avec prudence, et attendre le retrait définitif des Allemands. Comme la colombe de l’arche, Mère Odile et Mère Marie-Henri furent lancées en voyage d’exploration des lieux, en avril 1945. Premières constations de l’état des locaux : c’est nettement décourageant : amoncellement des ruines dues au bombardement américain de septembre 44, intérieur des bâtiments transformé (les grandes pièces coupées par des cloisons, les petites agrandies, de nouveaux escaliers mis en place, d’autres supprimés, etc.). Dans cet enchevêtrement et ce désordre, l’œil expert de Mère Odile voit immédiatement le parti qu’on peut tirer de cette situation… Et ce sera le miracle quasi-quotidien de cette deuxième fondation de Strasbourg.

Je n’ai jamais oublié le « coup de foudre » que j’ai éprouvé lors de ma première promenade à pied dans les rues de Strasbourg sous la conduite de Mère Odile. Et cela se renouvelle chaque fois que j’ai l’occasion et la joie de me retrouver à Strasbourg pour quelques jours !

Il faudrait pouvoir nommer tous ceux et celles qui nous ont tant aidées et encouragées (à vrai dire, il y avait aussi la catégorie des pessimistes, des catastrophiques, dont nous redoutions les visites, trouvant notre entreprise folle et téméraire… Je ne les ai pas oubliés non plus, ceux-là). L’équipe des sœurs, arrivée en août 1945, était très réduite et campait joyeusement d’une pièce à l’autre. Chacune, là où elle était, donnait le meilleur d’elle-même, sans compter, malgré des installations plus que rudimentaires au milieu du chantier… qui allait durer de longues années.

Nous ne doutions absolument pas des possibilités d’une rentrée scolaire en octobre 1945, car les inscriptions arrivaient en foule. Quel réconfort pour nous dans ces rencontres avec des familles qui attendaient impatiemment notre retour ! C’est là, dans ces amitiés si fidèles, qui nous confiaient leurs enfants sans douter de nous, que nous puisions toute notre force. Je les revois comme si c’était hier, ces familles d’Alsace et de Lorraine qui nous disaient ce qu’avaient été ces années d’épreuves. Trente-quatre ans après cette rentrée de 1948, je pourrais en nommer beaucoup, les décrire. Bien sûr, il était impossible de leur faire visiter les lieux où vivraient leurs filles, mais une confiance totale régnait. Ce qu’elles ne savaient pas, ces familles, c’est que chaque soir, pour finir la journée, nous nous rendions sur le chantier, dans les décombres, pour mesurer en tous sens, faire des calculs sur le nombre de places espérées pour les lits, les classes ! Impossible de refuser des inscriptions mais comment en quelques semaines, alors que la France manquait de tout, allions-nous faire face à tant de difficultés ? Au risque de me répéter, c’est dans la confiance des anciennes, des parents, des amis, que nous avons puisé tout l’entrain qui nous était indispensable ; il fallait aussi recruter des professeurs, et ce n’était pas très facile. Il y eut bien sût les professeurs d’avant-guerre : Madame Hoffmann, Mlle Schaeffer, Mme Witt. Impossible de nommer toute la jeune équipe de ces années difficiles, depuis les jardinières d’enfant, jusqu’aux professeurs de philo. Le climat amical qui s’était vite établi entre elles facilitait beaucoup notre tâche ; comme nous, elles avaient accepté les installations rudimentaires, les difficultés matérielles. Aujourd’hui encore, si longtemps après ces années dures mais exaltantes, je reste en relations avec un bon nombre d’entre elles, partageant leurs joies et leurs peines, leurs événements familiaux, etc. Impossible de vous nommer, chères amies ; sachez seulement que je n’ai oublié aucune de vous.

Enfin il y avait les élèves. Elles aussi ont répondu pleinement à notre effort pour une nouvelle vie du pensionnat. Les internes, nombreuses, ont beaucoup contribué à cet élan auquel les externes s’associaient bien volontiers ; ainsi on oubliait les ruines, l’inconfort, le bruit du chantier, les installations toujours provisoires. Cela faisait vraiment partie de notre vie ! Très vite les études se sont mises en place très sérieusement, mais en même temps, Mère Odile attachait une grande importance à un climat d’épanouissement et de formation féminine. Le sport, dès 1945, prit une grande place dans la maison. Ce fut l’époque de nos glorieux succès régionaux et même nationaux. La formation culturelle parascolaire faisait partie aussi de nos préoccupations, grandement facilitée par la vie intense de Strasbourg qui se manifestait de toutes parts : Jeunesse musicales, conférences, des Humanités chrétiennes, théâtre, expositions de peinture.

Un esprit de fête et de joie se manifestait chaque fois que c’était possible. Qui ne se souvient de nos premiers « 8 décembre, 20 janvier », Mi-carême, fêtes sportives, manifestations de la chorale, les promenades de classe, les séjours à Gérardmer, etc., etc. sans oublier notre fierté de la remise de la Légion d’Honneur à Mère Odile.

Comment passer sous silence la vie spirituelle de la maison et tout ce que nous devons à l’amicale collaboration du Père Ducatillon, aux cérémonies liturgiques qu’il préparait si méticuleusement avec ses scouts. Chantal a évoqué les semaines saintes… C’est inoubliable (je suppose cependant que vos filles doivent sourire lorsque vous évoquez votre connaissance du grégorien, votre participation active – et très réussie - au chant des Lamentations !). Les temps forts étaient les retraites, les veillées si bien préparées pour les grandes fêtes et pour le Carême. Tout cela, malgré les dimensions modestes de la chapelle provisoire du premier étage. Lorsque je me trouve dans la belle chapelle actuelle (que d’heures nocturne passées avec Mère Odile, Mère Basile, Mère Spéranza, pour en mettre au point les moindres détails !) je pense à la cérémonie de la pose de la première pierre et à la brique déposée par chacune de vous, gravée de son nom. Ces briques sont toujours là, forment le chœur derrière l’autel ; pensez-y lorsque vous venez dans cette chapelle inaugurée le 1er juillet 1952.

J’ai écrit trop longuement, je m’en excuse. Il me semble pourtant que je n’ai rien dit de ce qui tient toujours tant de place dans mon cœur, sur ces années qui furent extraordinaires pour moi. Je remercie souvent le Seigneur de me les avoir données, de m’avoir permis de faire tant de bonnes rencontres, d’avoir pu nouer tant de solides amitiés qui ne font que se renforcer. La fidélité alsacienne n’est pas un vain mot, je m’en aperçois de plus en plus au fil des ans. Merci à tous ceux et celles qui m’ont permis de les vivre.

Sœur Marie-Claire Trocherie 

UNE ANCIENNE SE SOUVIENT 1945-1952

Elisabeth Stosskopf-Meysembourg - Promotion 1952

avec les souvenirs d’Odile Kieffer-Merklen, de Jacqueline Bungert-Laurent et de Michèle Bungert (bulletin de décembre 1999)

« Sion Strasbourg a 80 ans !

Née en 1919 une première fois, relevée des destructions de la guerre en octobre 1945, Notre-Dame de Sion Strasbourg est riche cette année de quatre-vingts ans d’histoire.

Notre promotion 1952 a vécu la période de la reconstruction dans un climat de paix retrouvée, d’enthousiasme et de foi dans un avenir heureux à bâtir ensemble. Les difficultés ne manquaient cependant pas. Rouvrir, quelques semaines après la signature de la capitulation allemande, au milieu des ruines d’une bonne partie de bâtiments, et des tickets d’alimentation encore en vigueur, un pensionnat complet des classes primaires jusqu’au bac avec internat et demi-pension, sans oublier la Maison Rose, tenait du défi. Il fallut sûrement beaucoup de détermination et de savoir-faire à l’équipe de direction d’alors, Mère Odile en tête, pour nous accueillir en ce 1er octobre 1945. Première rentrée scolaire sans guerre pour bon nombre d’entre nous qui avions 6 ans en 1940. Si paix il y avait, cela n’allait pas sans changements de région ou de domicile, quitter une vie de relative liberté et d’imprévus pour une existence plus structurée. Pour les religieuses aussi une vie normalisée reprenait.

Avions-nous déjà l’uniforme ? Certainement, car je nous vois en bleu marine. Uniforme simplifié mais le chapeau à large bord, bientôt remplacé par le béret, était de mise et le tablier incontournable. Sans manche, nous les portions volontiers, égaillés par nos ceintures de couleurs vives qui permettaient une identification rapide de notre classe : orange en septième, verte en sixième, bleu foncé en cinquième etc. Nous enfilions à notre cou un ruban de la même couleur auquel était cousue en pendentif une petite croix, de nacre avant la guerre, mais de bois pour nous.

Combien étions-nous ? Les inscriptions avaient dû marcher tambour battant. Inscrite mi-septembre je reçus comme demi-pensionnaire le n°188. Maman en 1919, était la plus jeune pensionnaire et portait le n°1. Elle garda toute sa vie un souvenir idyllique de sa vie de pension. Ayant échappé de justesse à la grippe espagnole, elle avait droit à un régime de faveur : grasse matinée tandis que le dortoir gagnait la chapelle pour entendre la messe puis petit déjeuner agrémenté d’un œuf à la coque. Sœur Jeannine, alors élève à l’école ménagère intégrée au pensionnat sous l’appellation de « Petites Marthes », s’occupait spécialement d’elle.

J’étais donc « fille d’ancienne » ce qui me conférait un a priori très positif de la part de la communauté des sœurs. Toutes celles qui avaient connu maman ne manquaient pas de m’aborder avec une grande affection. Nous étions bien sûr plusieurs dans ce cas : Odile Kieffer, Madeleine Walter, par exemple. Un statut plus privilégié encore était d’être nièce ou petite nièce de religieuse. Ainsi Marie-Françoise Humann était tout à fait chez elle à Sion dont elle connaissait toute l’histoire comme les zones interdites. Cela donnait à notre classe une assurance particulière. Mère Xavier-Marie ne pourrait être trop sévère envers nous. Thérèse Witt quant à elle, cumulait ces deux premiers avantages avec celui d’être fille de professeur. Sa maman enseignait les mathématiques. Peut-être en fin de compte cela était-il lourd à porter !

Parmi les pensionnaires, deux groupes se détachaient, plus particulièrement les jours de grandes sorties, chaque quinzaine : « les Vosges » et « la Forêt Noire ». Le premier correspondait aux élèves dont les parents, industriels le plus souvent, habitaient ce département. Plusieurs d’entre elles avaient été à Sion à Gérardmer pendant la guerre. Dans les années trente les sœurs avaient acquis une grande villa au bord du lac afin de pouvoir y replier le pensionnat de Strasbourg si besoin était, ce qui fut le cas. « Ce que garde la Vierge est bien gardé » relate l’histoire de cette grande maison où Mère Marie-Claire et Sœur Eugénita, entre autres, avaient laissé une partie de leur cœur. Les élèves dont les pères officiers étaient « en occupation » en Allemagne composaient le deuxième groupe. Elles étaient nombreuses. De ce fait, celles qui ne relevaient d’aucune appartenance particulière ne se sentaient pas toujours pleinement à l’aise. Il était aussi difficile pour des J3 en pleine adolescence et ayant connu des périodes scolaires plus ou moins chaotiques à horaires aérés, de se retrouver entre quatre murs avec pour horizon bucolique les promenades en rang par deux à l’Orangerie, quel que soit le bénéfice culturel recherché à juste titre par nos parents ! Le bac était à conquérir et si nos mères avaient acquis une culture générale, exceptionnellement complétée par une formation professionnelle autre que celle de maîtresse de maison, pour notre génération « mieux valait un diplôme qu’une dot ».

Une autre difficulté de taille tant pour les enseignantes que pour les enseignées était la différence de niveau linguistique. Ainsi en sixième la moitié d’entre nous parlaient couramment le français mais ignoraient tout de la langue de Goethe tandis que l’autre moitié se trouvait pratiquement dans la situation inverse, selon que nous avions fait nos classes primaires « à l’intérieur » ou en Alsace-Moselle annexée. Des leçons spéciales de français furent organisées mais nous n’avons été séparées pour aucun cours d’allemand, ni de latin, sans doute par volonté pédagogique d’unité entre nous. Ce fut très dur pour toutes ; les francophones s’empêtrant dans la mythologie germanique malgré la passion et le talent de Madame Hoffman et les autres butant sur la grammaire latine, à la mesure de leurs lacunes en notions grammaticales françaises au grand dam de Mère Marie-Claire.

Nos journées de classe commençaient par le rituel « des Notes » : trente minutes avec notre maîtresse de classe. Nous devions évaluer nous-mêmes, notre conduite et notre travail de la veille, selon différents critères qui nous faisaient dire Correct- Bien ou Mal traduit par « J’ai ma note » ou « J’ai perdu ma note » même si personne ne nous avait surprises en flagrant délit. Trop de notes perdues entraînaient le retrait de la croix, tandis que les notes d’honneur se concrétisaient chaque mois par l’attribution d’un cordon petit ou grand que nous portions en bandoulière. Pour les pensionnaires les notes se perdaient souvent au dortoir, pour les externes le vestiaire et les couloirs en absorbaient beaucoup : le silence étant de rigueur dans tous ces lieux si propices aux échanges. A la fin de notre scolarité en 1952 cette évaluation personnelle se faisait encore mais elle s’essoufflait et je ne sais si un équivalent aussi formateur a pu être trouvé. Mais « les notes » c’était aussi une infinité de sujets abordés, des projets élaborés, des réflexions suivies, bref un temps de vie de classe et une ouverture privilégiée sur l’actualité dans nos horaires de collégiennes. Les religieuses appréciaient ce moment passé avec « leurs enfants » où elles pouvaient faire passer le meilleur d’elles-mêmes. Nous avons eu ainsi Sœur Jeanne-Elisabeth en 6ème et 5ème (elle surveilla aussi les nuits des internes pendant de nombreuses années et assura l’animation de la Maison des Lutins dès son ouverture en 1947). Mère Basile en 4ème nous entraîna dans les voyages de Saint Paul mais eut moins de succès auprès de nous avec les Pères de l’Eglise. Mère Spéranza en 3ème nous fit découvrir Le Cantique des cantiques. A ce moment-là les plans de la nouvelle chapelle étaient en chantier et nous étions, admiratives, aux premières loges. L’année de seconde fut plus difficile avec Mère Rodica qui encore sous le traumatisme de l’exode de Roumanie nous trouvait trop peu mûres (quelle joie de la revoir tout épanouie un 8 décembre après le Concile). En première et philo nous avions Mère Marie-Claire : tout un programme d’émancipation contrôlée ! A nous les conférences, la formation de secouristes, les louveteaux de la « Jésuitière », l’éveil à la foi des tout-petits cher à Monseigneur Elchinger, et surtout les concerts des JMF et nos premières soirées dansantes. Au son d’un précieux gramophone les pensionnaires, toutes aux émois froufroutants de leur première robe longue, transmettaient leur savoir-faire aux externes moins versées dans la vie mondaine. Les Oignons et Petite Fleur concurrençaient valses de Vienne et tangos. En 1951 nous avons abandonné l’uniforme et équipé le fond de notre salle de classe en petit salon : philosophie oblige !

Dès la rentrée de 1945 une chapelle avait été aménagée dans trois pièces du premier étage du 8 bd de la Dordogne. C’est là que nous avions nos messes hebdomadaires, là que le Père Ducatillon nous attendait au confessionnal et là aussi qu’il venait célébrer les longs offices de la semaine sainte, ténèbres compris, avec ses scouts-enfants de chœur…Nous étions « toute écoute », ceux-ci aidant à faire passer cela. Chaque année une « retraite » de deux jours nous était destinée.

Une grande baraque en bois avait été convertie en gymnase au fond de la cour. Elle servait aussi de salle des fêtes et la chorale A Cœur Joie y tint ses répétitions sous la musicale et sympathique d’Odile Fincker.

Les fêtes rythmaient nos trimestres studieux : 8 décembre les anciennes, 15 décembre Sainte Odile, les caramels le 20 janvier, la fête des missions en juin. Des cérémonies patriotiques aussi, puis vinrent les poses des premières pierres et inaugurations de bâtiments mais nous avions quitté le nid.

Le sport était en bonne place avec nos athlètes poussées en championnat : Brigitte Huot, Hélène Viard, Jacqueline Bungert, tandis que manifestations sportives et ébats nautiques étaient régulièrement au programme. Je me souviens de l’étonnement de maman devant la présence de Mère Marie-Claire à l’extrémité du bassin de la piscine municipale. Lorsqu’elle avait douze ans le maillot de bain était proscrit du trousseau d’une jeune demoiselle et les bains se prenaient en longue chemise. Elle reconnaissait cependant que certaines sœurs, déjà très en avance sur leur temps et plus soucieuses d’hygiène que de pudibonderie, autorisaient quelques secondes de nudité dans l’intimidé de la baignoire à condition de ne pas en abuser.

Le basket était à l’honneur et nous disputions des matchs contre les autres pensionnats. Il faut bien avouer qu’en sport comme ailleurs, nous étions sûres de notre propre valeur et il ne fallut pas moins que les élèves des chanoinesses de Saint Augustin pour nous intimider quelque peu. Nous avions une vision hiérarchisée de la société, en toute simplicité évangélique, nous nous placions plutôt en haut. Nous avions beaucoup reçu, nous devions beaucoup donner. Nous étions moins préparées à recevoir de plus humbles que nous des leçons d’humanité. Ainsi la distinction entre les mères (sœurs de chœur) et les sœurs (sœurs converses) nous paraissait aller de soi et ne nous choquait aucunement.

Quel chemin parcouru depuis, tant dans l’esprit des congrégations religieuses que dans le nôtre. Nous ne sommes pourtant pas encore au bout de cette route-là.

Comment ne pas évoquer les sorties de classes mitonnées par Marie-Thérèse Baetzner dès son arrivé en 1947 : Scherwiller, Dambach, Sainte-Odile. Nous apprenions à nous connaître en début d’année, cela valait de l’or. Puis le petit chalet sortit de terre à Gérardmer aux côtés de la grande maison et nous y avons passé des quinzaines de révisions du bac que nous ne sommes pas prêtes d’oublier. Des prêtres nous y rejoignaient. Michèle Bungert me fit remarquer dernièrement que nous devions beaucoup aux Pères Ratisbonne, fondateurs de Sion. Pour eux, l’ouverture à la culture biblique et la reconnaissance du Judaïsme devaient faire partie de notre éducation chrétienne. Nous avons appris que Jésus, sa mère et les apôtres étaient d’abord des croyants d’Israël. Cela étant, tous nos aumôniers à Sion étaient forcément dans cette ligne-là, pas si évidente dans les années quarante. Nous avons été protégées des intolérances religieuses comme des dévotions excessives et guidées vers une foi personnelle et son expression collective. Nous avons pu discuter de Gide, Sartre, Bergson et Baudelaire et confronter nos convictions profondes : je pense aux cours de philo d’Annie Genevois et de Marie-Thérèse Baetzner et à Lyse Dreyfus-Meyer si précieuse dans notre classe puis au comité des anciennes. Quelle richesse malgré les limites qui étaient les nôtres.

Il faudrait évoquer tous nos professeurs, toutes les religieuses, toutes les personnes qui, en grande responsabilité ou dans l’ombre, collaboraient à la bonne marche de la maison et de notre éducation. Mère Basile était les deux à la fois. Sur elle reposait toute notre formation scientifique tant en sciences naturelles qu’en physique et chimie. C’est elle qui, la première, nous a initiées au travail de laboratoire et elle suscita parmi nous bon nombre de vocations. Elle était gaie et d’une extraordinaire humilité. Elle nous enseignait « les machines simples » aujourd’hui disparues des programmes de physique de seconde mais non de notre quotidien : un casse-noix, des tenailles, uns brouette sont des machines simples…un plan incliné aussi…et quand avec mon cadi chargé je fais un petit détour pour éviter une pente trop raide, je l’entends encore nous dire : Ce que l’on gagne en force on le perd en déplacement. Soyez simples devant la vie…on ne peut gagner sur touts les fronts…si tu veux gagner ta vie il faut accepter de la perdre…Je crois qu’elle vivait ainsi. »

« LA PUCE »

Brigitte HUOT, promotion 1950, juillet 2000.

Bulletin décembre 2000

« « La Puce » ? S’agit-il du petit carré électronique qui figure sur votre carte bancaire ou téléphonique ? Non ! C’est ainsi que nous appelions celle qui fut notre « maîtresse de classe » pendant plusieurs années : Mère Marie-Claire, qui était à peine plus haute que quatre pommes, mais dont la grande personnalité a beaucoup marqué notre promotion ! Entre nous, je crois qu’elle n’a jamais connu le sobriquet que nous lui avions donné !

Commençons par une de ses particularités essentielles : son caractère était très entier. Elle aimait ou elle n’aimait pas, pas de milieu. Bien sûr, mieux valait être dans son camp ! Quand elle aimait quelqu’un, elle voulait réellement son bonheur et, en tout cas, elle avait mille attentions délicates. Elle s’est toujours dépensée pour que nous soyons heureuses dans la vie et nous lui en sommes reconnaissantes.

Pourtant douée d’un tempérament bien trempé (et peut-être à cause de cela) et de nombreuses qualités, son éclat n’a pas toujours brillé autant dans d’autres promotions et a suscité des chocs entre météores. A vrai dire, maintenant, cela me chagrine, mais alors je ne me doutais de rien…Son caractère s’altérait parfois, son visage devenait sombre, elle ne nous regardait plus et nous ne comprenions pas très bien. Elle en était très malheureuse et nous aussi d’ailleurs… C’est sa santé, sans doute qui lui jouait des tours.

Parlons maintenant des richesses de sa nature. Mère Marie-Claire était douée d’une vive intelligence et du sens de l’autorité : elle avait également de l’imagination, aussi est-il tout naturel que Mère Odile, notre Mère bien-aimée, l’ait choisie comme maîtresse de classe et plusieurs promotions et comme directrice des études (où elle a travaillé avec acharnement). N’oublions pas non plus ses responsabilités dans le sport, la culture, la chorale… et en bien d’autres domaines !

La formation religieuse la préoccupait également. Tout d’abord, elle a beaucoup développé le chant grégorien dans notre promotion. Elle nous apprenait les chants en battant une sorte de rythme, qui consistait à tourner ses deux mains en rond…elle était ravie ! Nous lui avons dit, une fois que nos voix étaient enrouées pour chanter le matin à la messe : la fois suivante, une sœur nous avait préparé une boisson chaude !

Elle donnait aussi beaucoup de soins à la recherche des prédicateurs de retraites. Pour nous, le Père BUTRUILLE, à la fois bon et exigeant, nous a beaucoup marquées.

Le déroulement de la semaine sainte était pris très au sérieux. Personne n’a oublié la chaude voix de basse de Chantal DANIEL-FELTIN, lorsqu’elle attaquait ses Aleph, Gimel… avec assurance. Nous avions presque toutes notre rôle à jouer au cours de cette Semaine.

Quand elle nous parlait de l’amitié, les mots arrivaient enthousiaste à ses lèvres. « Vous avez des forts liens d’amitié. Gardez-les entre vous et cultivez-les par la suite » ! Elle-même nous a donné le bon exemple, jusqu’à sa fin (en 1984), en entretenant une correspondance suivie, détaillée et pleine de bon sens avec les anciennes – toutes catégories – qui lui écrivaient. Cela les a beaucoup aidées dans la vie, ainsi que nombre de ses amis.

Au début de sa vie religieuse, Mère Marie-Claire s’est occupée de jeunes filles de la « zone ». Elle s’y était beaucoup attachée et avait rencontré là de nombreux cas difficiles. Aussi, nous enseignait-elle à rendre service autour de nous et commençait-elle déjà à nous parler de questions sociales…(des bribes, justes !)

Voyons maintenant un domaine où elle excellait : celui des voyages. Mère Marie-Claire avait un esprit en ébullition et un sens inné de l’organisation.

C’est elle, qui a mis sur pied un voyage à Tours, quand elle nous a envoyées concourir au championnat de France de l’U.G.S.E.L. (Union Générale Sportive de l’Enseignement Libre), en 1949. Cela a été dit dans le précédent bulletin des anciennes de Strasbourg. Notre équipe avait remporté la coupe et Mère Marie-Claire en avait été encore plus fière que nous ! Il est vrai qu’elle la méritait bien !!

Elle avait également organisé un voyage interpromotions en Italie (Rome, Assise…), à l’occasion de l’Année sainte 1950. Tout avait été prévu en détails. Nous étions parties avec Annie GENEVOIS et avions été emballées ! Il est vrai qu’Annie et Mère Marie-Claire nous avaient bien préparées ; nous avions, avant de partir, une connaissance parfaite du FORUM…, ce fameux FORUM ! Une photo de notre équipe a été prise, en souvenir, sur l’UMBILICUS MUNDI (le « centre du monde », comme le croyaient les Romains).

Lorsque après son séjour à STRASBOURG, Mère Marie-Claire a été envoyée à MARSEILLE, elle y a vécu longtemps dans une H.L.M., avec la charmante Sœur Marie-Rose. Mère Marie-Claire avait là-bas une vie très active et organisait, également tous les ans, des voyages passionnants en Europe méditerranéen. Ils étaient destinés surtout aux personnes de sa paroisse du « Bon Pasteur ». Plus ça allait et plus elle raffolait des voyages ! Personnellement, j’en ai fait deux avec son groupe et je peux assurer que chacun était enthousiaste et qu’il régnait une grande chaleur fraternelle.

Plusieurs années après le départ de notre ancienne maîtresse de classe, à notre tour, nous avons organisé quelques voyages de promotion. En mai 1997, c’est Chantal DANIEL-FELTIN et son mari, Tanguy, qui nous ont peaufiné un ravissant petit tout de BRETAGNE. Tanguy est très calé sur de nombreux sujets concernant ce coin de France. Aussi le voyage a-t-il été vraiment réussi !

C’est au cours de ce périple, que notre promotion a décidé, à l’unanimité, de s’appeler désormais :

« PROMOTION MERE MARIE-CLAIRE, 1950 »

Ce qu’il y a de plus sympathique, c’est que tous les maris des anciennes présents ont vivement applaudi à notre décision. Il est vrai qu’ils ont toujours entendu parler d’elle en termes tellement enthousiastes ! Certains même, la connaissaient bien !

De là-haut, « la puce » a dû éclater de rire et ses yeux, si vifs, ont dû pétiller ! »

TEMOIGNAGE D’UNE ANCIENNE, Promotion 1958

Françoise  Mienville – Ampaud D’après un courriel de 2009

Quelques témoignages

- J'aimais beaucoup l'uniforme car tout le monde était "habillé pareil"
J'ai eu la honte de perdre une fois ma croix et le pire j'ai eu la honte de perdre ma ceinture. Perdre était égal à "on vous enlève ce qui fait l'honneur de votre uniforme". Pour je ne sais plus quelle bêtise mais c'était sûrement mérité. (Mettre du rouge à lèvre une fois, garder dans mon petit casier des photos de moi en Août en vacances avec un bustier blanc et regarder et peut-être montrer les photos)

- J'aimais beaucoup le silence dans le couloir après la classe, toutes contre le mur avant de descendre par l'escalier en bois au réfectoire.
On se taisait toujours jusque au deuxième plat et là Soeur Fulrade disait en nous servant avec son bon accent alsacien "pour tout le monde pareil"

- J'aimais beaucoup aller voir Soeur Rosita avec Mireille Augier à la vêture .On riait bien. C'est là que j'ai appris qu'il ne fallait pas aimer les jeunes soeurs.

- J'aimais beaucoup à 16 heures le goûter : Soeur Fulrade nous donnait un bon petit pain croustillant et une bonne élève donnait le chocolat. J'ai découvert alors le délice des délices : manger à peine du chocolat avec beaucoup de pain et finir par déguster beaucoup de chocolat avec à peine de pain.

- J'ai beaucoup aimé les douches chaudes en maillot de bain. Quels fous rires.

- J'ai beaucoup aimé mon tout petit lavabo dans un petit placard fermé par un rideau, car je pouvais laver tout ce que j'avais à laver.

- J'ai adoré recevoir une fois par semaine le panier en osier avec mon linge marqué et propre.

- J'ai beaucoup aimé les récréations, les amies (pas toutes mais beaucoup).

- J'ai énormément apprécié de faire du théâtre "la poudre aux yeux de Labiche".

- J'ai aimé chanter avec Mère Jeanne Simone et toutes celles qui le voulaient. J'étais basse. Je parle toujours avec une voix grave.

- Au dortoir j’ai apprécié la délicatesse de Mère Jeanne – Elisabeth quand on se retrouvait parfois pour discuter à voix basse en faisant un bruit reconnaissable à la sortie de sa chambre pour vérifier si tout allait bien.

- Je n'aimais pas beaucoup la classe et les cours sauf ceux de Mlle Baetzner qui me passionnaient.

- A la chapelle, que je trouvais très belle, j'aimais les bruits cristallins de la sonnette de Mère Damascène (dans le coin à gauche)

- J'étais subjuguée par la Mère Supérieure, Mère Emma, qui était vraiment belle et supérieure. Au moment de la communion, elle commençait la procession pour recevoir le corps du Christ suivie avec un bruit de chapelet par le reste de la Communauté en noir et blanc… et puis les pauvres petites Soeurs converses en bleu et blanc…

- Il faut avoir vécu cela à chaque cérémonie religieuse et il y en eut beaucoup pour saisir pourquoi j'ai quitté toutes les religions.

- J'aimais cependant l'encensoir à cause de l'odeur (on se shootait quelque peu à cette délicieuse fumée). On avait le temps de rêver si on ne croyait pas trop tout ce que le Père Chauveau nous disait.

- J'ai beaucoup aimé recevoir le courrier que Maman m'envoyait chaque semaine, car là, dans ces deux feuillets si bien écrits, je ne la détestais pas.

- J'ai beaucoup aimé être pensionnaire, ne rentrant à Nancy que pour la Toussaint, Noël, Pâques, les week-end étaient pour nous, les vrais pensionnaires, un moment charmant avec pique-nique, promenade et même un soir nous sommes allées à l'Aubette écouter et voir Sydney Bechet, Mère Jeanne Simone était la seule à être restée sagement assise. Que de
bons souvenirs.

- Je regrette d'avoir fait baisser la bonne renommée de Sion car j'ai raté mon bac. On était 3 sur 30. Pardon à nos professeurs mais merci pour tout ce que j'ai vécu à Strasbourg et à Gérardmer.   

SOUVENIRS DE PENSIONNAIRES, Promotion 1966

Anny LAMPERT-LEJEUNE

Août 2009

Quelques souvenirs de Sion :

- les grandes assemblées avec l'entrée des soeurs en musique ; solennelle puis distribution des prix : un pas en avant et révérence; tout un cérémonial !

- une fois en 5 ou 4ème on a perdu la croix car on avait parlé la nuit au dortoir, c'était avec Soeur Laurence qui a piqué une crise en nous traitant de "mollusques" ; on riait toutes sous cape, c'était très fun !

- la chorale avec Sœur Jeanne Simone qui chantait très bien ; elle nous a appris pas mal de chants comme: "la route fut longue et dur le chemin" qu'on chantait en fin d'année

- les prières avant et après les repas dont je me rappelle les paroles

- la lecture le soir au dortoir sous les draps avec des lampes de poche pour les insomniaques comme moi

- la trouille qu'on avait de Soeur Régina quand on était convoqué dans son bureau

- les promenades avec bérets et en rangs dans le quartier: on était fières de notre école qui était un must à l'époque ...

- la joie quand on avait des frites à midi alors que pour moi les maquereaux et le foie de veau étaient immangeables, alors je les donnais ou les faisais disparaître dans une enveloppe cachée dans le tablier

- le caramel pour la fête du père Ratisbonne tous les ans

- dans les grandes classes, le soir, après le repas, on se retrouvait pour écouter des disques et papoter; entre autre je me rappelle " ma vie " de Alain Barrière, qu'on trouvait génial

- le petit pain de quatre heures avec son chocolat noir ou sa pâte de fruit

- on a appris beaucoup de récitations en français et allemand ; j'en ai noté certaines, leur nombre me frappe par rapport à celles de nos enfants dont le nombre avoisine le zéro; question d'époque ?...

- les cours de gym très spartiates de Melle Andlauer qui m'appelait "grenouillette"

- en 6ème avec Soeur Irmgarde le soir on faisait des jeux comme des mimes ou devinettes; elle avait une chanson fétiche: a ramsamsam, a ramsamsam coulicoulicouli ramsamsam , a ravi, a ravi....dans le genre !!

- la fête des rois: le roi qui choisit sa reine et qui fait un petit discours au réfectoire

Ilonka MATSCHKY-GAILLAC Promotion 1966

Septembre 2009

Ayant été élève et interne à Sion de 1958 à 1966, les souvenirs ne devraient pas manquer ! Et pourtant, lorsqu’on essaie de se rappeler, on se rend compte que, d’un coup, la mémoire fait défaut. Il est temps d’écrire, avant que le temps n’efface tout à jamais !

Nous portions l’uniforme tous les jours, jupe, blouse (assez vaste pour cacher les formes) obligatoire sous le pull (manches longues en hiver, sans manches en été) béret pour les promenades. Le pantalon était strictement interdit ; la seule tolérance, par très grand froid : le porter sous la jupe. Pas de maquillage, ni de vernis à ongles, coiffure stricte, accessoires de couleurs bleue ou noire. La fantaisie était réservée aux vacances et aux week-ends ; les parents pouvaient faire des économies appréciables ; lorsque plusieurs filles se succédaient, elles se passaient les uniformes (excellente qualité, très robuste) ! Le tablier était le même pour toutes, très vaste, sans manches, assez long, en toile bleue foncé ; la ceinture, dont la couleur changeait selon la classe, enserrait la taille.

C’était le royaume des femmes : religieuses, élèves, professeurs….Seul élément masculin : le prêtre. Parfois, un professeur de physique…qui devenait la coqueluche des élèves, ou un militaire à la retraite venait donner un coup de main… Les frères des internes étaient priés d’attendre dehors…

La promenade, dans le quartier, à l’Orangerie, était bien encadrée : il fallait être en rang. Il était interdit de manger quoi que ce soit dans la rue : nous étions des jeunes filles bien élevées. Les gros mots étaient interdits et sévèrement sanctionnés : je me souviens d’une camarade qui s’était fait renvoyer après avoir claironné le mot de Cambronne à son professeur. Autre temps !

Parfois, des internes dont les parents habitaient très loin, ne pouvaient pas rentrer chez elles. Les camarades les invitaient alors à passer le week-end. Mais dans de nombreux cas, elles restaient à Sion. Les Sœurs, en grand nombre, s’occupaient d’elles. Il y avait les Sœurs à la loge (Sœur Eugénita, Sœur Jeanine,…), les Sœurs à l’infirmerie (Sœur Elvina), à la cuisine, s’occupant du ménage (tous les parquets étaient régulièrement cirés à la main), sans compter les Sœurs enseignantes, économes, directrice, et la Mère Supérieure, envers laquelle nous devions avoir une attitude déférente.

Les dortoirs regroupaient les élèves par tranche d’âge. Les chambres allaient de 3 à 7 internes. Mobilier réduit au strict minimum : lit, table de chevet et chaise. Chacune avait son lavabo : tous les lavabos étaient séparés à mi-hauteur, un rideau permettant l’accès. Il n’était pas question de s’éterniser pour faire sa toilette ! La lumière était éteinte, finie ou pas. Pas de bain ni de douche. Souvent j’y repense : comment les jeunes d’aujourd’hui auraient-ils fait ? Eux pour qui « toilette » rime avec « douche ». La Sœur surveillante dormait à l’étage, dans une petite chambre avec un lit caché par des rideaux. Nous n’avions pas le droit de rentrer et nous nous amusions à jeter un coup d’œil furtif quand la porte s’entrouvrait. Le réveil se faisait avec une cloche, secouée dans tout le dortoir. Les oreilles sensibles appréciaient ! Avant les grandes vacances, nous faisions quelques petites « imbécillités » pour nous venger : l’une d’elles consistait à mettre de la pâte dentifrice dans la cloche pour l’empêcher de faire du bruit !!

Les loisirs se limitaient à des histoires (des témoignages des Sœurs – Sœur Laurence, Sœur Jeanne Simone), la lecture (la bibliothèque était bien fournie, mais certains auteurs strictement interdits comme Sartre, Camus ; la vie des saints tenait une grande place), les disques, quelquefois. La télévision, très rare, était réservée aux grands évènements religieux ou politique.

Nous pouvions aller à la messe tous les matins. La Chapelle était toujours ouverte et accueillante. La prière était très importante, matin, midi, soir, tout en respectant les croyances de chacun. Le silence était la règle, nous parlions après autorisation.

Voila quelques souvenirs, ressorties du fond de ma mémoire… le temps a passé. Le charisme de Sion demeure, les valeurs se transmettent, il reste à dire un grand merci.

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|--date de dernière modification jeudi 13 décembre 2007 10:59 +0100

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